Ledernier vers constitue une analyse à lui seul. Victor Hugo utilise deux images très symbolique : le houx et la bruyère. Le houx vert ne perd jamais sa couleur, il reste intacte toute l'année. Il est reconnu pour porter bonheur. La bruyère est, quant à elle, toujours en fleur. Elle vit perpétuellement et ne meurt jamais. ColorBlack White Red Green Blue Yellow Magenta Cyan Transparency Transparent Semi-Transparent Opaque. Font Size. 50% 75% 100% 125% 150% 175% 200% 300% 400%. Text Edge Style. None Raised Depressed Uniform Dropshadow. Font Family. Proportional Sans-Serif Monospace Sans-Serif Proportional Serif Monospace Serif Casual Script Small Caps. Unerécitation du poème «On vit, on parle» de Victor Hugo.🇫🇷A recitation of the poem “We live, we talk” by Victor Hugo.#Lapoésiefrançaise #Frenchpoetry Etnox facta est. Mourait, et le rebelle en sentit quelque ennui. Regarda fixement la caverne de l'ombre. Les ténèbres sans bruit croissaient dans le néant. Les trois soleils mêlaient leurs trois rayonnements. D'un char de feu brisé l'on eût dit les trois roues. Les monts hors du brouillard sortaient comme des proues. Jevous invite à écouter On vit, on parle, un poème de la partie Pauca meae, des Contemplations, de Victor Hugo. Il est précédé de X. Pendant que le marin et suivi par XII. À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt. Etje vais t’expliquer tout ce que je t’indique ; Je vais t’emplir les yeux de nuit et de lueurs. Prépare-toi, front triste, aux funèbres sueurs. Le vent d’en haut sur moi passe, et, ce Lâpre attendrissement qui dors sous ta colère. Ton long regard de haine à tous les inhumains. Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ; Ceux-la, femme, devant ta majesté farouche. Méditaient, et malgré l’amer pli de ta bouche. Malgré le maudisseur qui, s’acharnant sur toi. PkIXBoQ. Comme s’il pressentait que son heure était proche Grave, il ne faisait plus à personne un reproche, Il marchait en rendant aux passants leur salut ; On le voyait vieillir chaque jour, quoiqu’il eût A peine vingt poils blancs à sa barbe encore noire ; Il s’arrêtait parfois pour voir les chameaux boire, Se souvenant du temps qu’il était chamelier. Il songeait longuement devant le saint pilier ; par moments il faisait mettre une femme nue Et la regardait, puis contemplait la nue, Et disait La beauté sur la terre, au ciel le jour ». Il semblait avoir vu l’éden, l’âge d’amour, Les temps antérieurs, l’ère immémoriale. Il avait le front haut, la joue impériale, Le sourcil chauve, l’œil profond et diligent, Le cou pareil au col d’une amphore d’argent, L’air d’un Noé qui sait le secret du déluge. Si des hommes venaient le consulter, ce juge Laissait l’un affirmer, l’autre rire et nier, Ecoutait en silence et parlait le dernier. Sa bouche était toujours en train d’une prière ; Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ; Il s’occupait de lui-même à traire ses brebis ; Il s’asseyait à terre et cousait ses habits. Il jeûnait plus longtemps qu’autrui les jours de jeûne, Quoiqu’il perdît sa force et qu’il ne fût plus jeune. A soixante-trois ans une fièvre le prit. Il relut le Coran de sa main même écrit, Puis il remit au fils de Séid la bannière, En lui disant Je touche à mon aube dernière. Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu. Combats pour lui. » Et son œil, voilé d’ombre, avait ce morne ennui D’un vieux aigle forcé d’abandonner son aire. Il vint à la mosquée à son heure ordinaire, Appuyé sur Ali le peuple le suivant ; Et l’étendard sacré se déployait au vent. Là, pâle, il s’écria, se tournant vers la foule ; Peuple, le jour s’éteint, l’homme passe et s’écroule ; La poussière et la nuit, c’est nous. Dieu seul est grand. Peuple je suis l’aveugle et suis l’ignorant. Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. » Un sheick lui dit Ô chef des vrais croyants ! Le monde, Sitôt qu’il t’entendit, en ta parole crut ; Le jour où tu naquit une étoile apparut, Et trois tours du palais de Chosroès tombèrent. » Lui, reprit Sur ma mort, les Anges délibèrent ; L’heure arrive. Ecoutez. Si j’ai de l’un de vous Mal parlé, qu’il se lève, ô peuple, et devant tous Qu’il m’insulte et m’outrage avant que je m’échappe, Si j’ai frappé quelqu’un, que celui-là me frappe. » Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton. Une vieille, tondant la laine d’un mouton, Assise sur un seuil, lui cria Dieu t’assiste ! » Il semblait regarder quelque vision triste, Et songeait ; tout à coup, pensif, il dit Voilà, Vous tous, je suis un mot dans la bouche d’Allah ; Je suis cendre comme homme et feu comme prophète. J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite. Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur. Le soleil a toujours l’aube pour précurseur. Jésus m’a précédé, mais il n’est pas la Cause. Il est né d’une Vierge aspirant une rose. Moi, comme être vivant, retenez bien ceci, Je ne suis qu’un limon par les vices noirci, J’ai de tous les péchés subi l’approche étrange, Ma chair a plus d’affront qu’un chemin n’a de fange, Et mon corps par le mal est tout déshonoré ; Ô vous tous, je serais bien vite dévoré Si dans l’obscurité du cercueil solitaire Chaque faute engendre un ver de terre. Fils, le damné renaît au fond du froid caveau Pour être par les vers dévoré de nouveau ; Toujours sa chair revit, jusqu’à ce que la peine, Finie ouvre à son vol l’immensité sereine. Fils, je suis le champ vil des sublimes combats, Tantôt l’homme d’en haut, tantôt l’homme d’en bas, Et le mal dans ma bouche avec le bien alterne Comme dans le désert le sable et la citerne ; Ce qui n’empêche pas que je n’aie, ô croyants ! Tenu tête dans l’ombre aux Anges effrayants Qui voudraient replonger l’homme dans les ténèbres, J’ai parfois dans mes poings tordu leurs bras funèbres ; Souvent, comme Jacob, j’ai la nuit, pas à pas, Lutté contre quelqu’un que je ne voyais pas ; Mais les hommes surtout on fait saigner ma vie, Ils ont jeté sur moi leur haine et leur envie, Et, comme je sentais en moi la vérité, Je les ai combattus, mais sans être irrité, Et, pendant le combat je criais “laissez faire ! Je suis le seul, nu, sanglant, blessé ; je le préfère. Qu’ils frappent sur moi tous ! Que tout leur soit permis ! Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis Auraient, pour m’attaquer dans cette voie étroite, Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite, Ils ne me feraient point reculer !” C’est ainsi Qu’après avoir lutté quarante ans, me voici Arrivé sur le bord de la tombe profonde, Et j’ai devant moi Allah, derrière moi le monde. Quant à vous qui m’avez dans l’épreuve suivi, Comme les grecs Hermès et les hébreux Lévi, Vous avez bien souffert, mais vous verrez l’aurore. Après la froide nuit, vous verrez l’aube éclore ; Peuple, n’en doutez pas ; celui qui prodigua Les lions aux ravins du Jebbel-Kronnega, Les perles à la mer et les astres à l’ombre, Peut bien donner un peu de joie à l’homme sombre . » Il ajouta Croyez, veillez ; courbez le front. Ceux qui ne sont ni bons ni mauvais resteront Sur le mur qui sépare Eden d’avec l’abîme, Etant trop noirs pour Dieu, mais trop blancs pour le crime ; Presque personne n’est assez pur de péchés Pour ne pas mériter un châtiment ; tâchez, En priant, que vos corps touchent partout la terre ; L’enfer ne brûlera dans son fatal mystère Que ce qui n’aura point touché la cendre, et Dieu A qui baise la terre obscure, ouvre un ciel bleu ; Soyez hospitaliers ; soyez saints ; soyez justes ; Là-haut sont les fruits purs dans les arbres augustes, Les chevaux sellés d’or, et, pour fuir aux sept dieux, Les chars vivants ayant des foudres pour essieux ; Chaque houri, sereine, incorruptible, heureuse, Habite un pavillon fait d’une perle creuse ; Le gehennam attend les réprouvés ; malheur ! Ils auront des souliers de feu dont la chaleur Fera bouillir leur tête ainsi qu’une chaudière. La face des élus sera charmante et fière. » Il s’arrêta donnant audience à l’espoir. Puis poursuivant sa marche à pas lents, il reprit Ô vivants ! Je répète à tous que voici l’heure Où je vais me cacher dans une autre demeure ; Donc, hâtez-vous. Il faut, le moment est venu, Que je sois dénoncé par ceux qui m’ont connu, Et que, si j’ai des torts, on me crache au visage. » La foule s’écartait muette à son passage. Il se lava la barbe au puits d’Aboufléia. Un homme réclama trois drachmes, qu’il paya, Disant Mieux vaut payer ici que dans la tombe. » L’œil du peuple était doux comme un œil de colombe En le regardant cet homme auguste, son appui ; Tous pleuraient ; quand, plus tard, il fut rentré chez lui, Beaucoup restèrent là sans fermer la paupière, Et passèrent la nuit couchés sur une pierre. Le lendemain matin, voyant l’aube arriver ; Aboubékre, dit-il, je ne puis me lever, Tu vas prendre le Livre et faire la prière. » Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ; Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait, Et souvent à voix basse achevait le verset ; Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte. Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer. Qu’il entre. » On vit alors son regard s’éclairer De la même clarté qu’au jour de sa naissance ; Et l’Ange lui dit Dieu désire ta présence. - Bien », dit-il. Un frisson sur les tempes courut, Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut. 403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID QtYfkUpkCb8uih4dg2e7RPt2Yx4P3qhnfK0B7K-LGR0lnuanraXr3Q== InayaPlume d'Eau Nombre de messages 50031Age 61Date d'inscription 05/11/2010Sujet Victor HUGO 1802-1885 On vit, on parle, on a le ciel et les nuages Sam 17 Sep - 010 On vit, on parle, on a le ciel et les nuages Sur la tête; on se plaît aux livres des vieux sages; On lit Virgile et Dante; on va joyeusement En voiture publique à quelque endroit charmant, En riant aux éclats de l'auberge et du gîte; Le regard d'une femme en passant vous agite; On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois! On écoute le chant des oiseaux dans les bois Le matin, on s'éveille, et toute une famille Vous embrasse, une mère, une soeur, une fille! On déjeune en lisant son journal. Tout le jour On mêle à sa pensée espoir, travail, amour; La vie arrive avec ses passions troublées; On jette sa parole aux sombres assemblées; Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend, On se sent faible et fort, on est petit et grand; On est flot dans la foule, âme dans la tempête; Tout vient et passe; on est en deuil, on est en fête; On arrive, on recule, on lutte avec effort... Puis, le vaste et profond silence de la mort! 11 juillet 1846, en revenant du cimetière. Poème "La Conscience" de Victor Hugo que vous lirez tout en bas l’œil, métaphore du surmoi de Caïn le fratricide est aussi celui qui hante l'homme féroce et même "fréroce", celui qui jouit de sa cruauté envers ses frères, ses rivaux. Parfois envers des hommes, mais en permanence, partout, envers les frères est question ici du douloureux conflit psychique entre le moi, le surmoi et le ça. Lorsqu'un meurtre est commis, la culpabilité mine le coupable, qu'il le sache ou pas, qu'il s'en défende efficacement ou pas, et cette faute va infléchir sa vie. Comme la tache du sang de sa victime, devenue indélébile sur les mains de Lady Macbeth témoigne du malaise après le mal pourtant fils d'Adam et Eve est un meurtrier. Il a tué son frère Abel. Mais cette vengeance fratricide le confronte à un sentiment terriblement désagréable le me direz-vous, ce sentiment de culpabilité est rare. Au final, l'angoisse sociale, la honte si on est vu la main dans le sac, jouissant de manière illicite, est bien plus fréquente. On agit mal aux yeux de la société, de l'Autre donc, et on est gêné d'être démasqué. C'est semble-t-il, absent chez le la culpabilité c'est de l'angoisse sociale, peut-on dire alors que le psychopathe n'est pas un être social? A-t-il tué en lui la société ou n'a t il pas de rapport avec l'Autre qui la représente?Le pervers contrairement au psychopathe a pourtant notion de nuire, mais fait comme si ce n’était pas le cas, bien que ça exacerbe sa jouissance transgressive. Son surmoi est donc en accord avec son moi qui souffre de complaisance avec son ça au point de s'en faire l'instrument passif. Se sentir coupable vient en effet du surmoi. Mais pour Lacan, il y aurait 2 surmoi. Un, le 1°, celui archaïque du pervers polymorphe, celui qui nous pousse à nuire et nous impose de nous nuire comme le font les addictions, c'est le surmoi qui dit "Jouis". C'est le surmoi des fous de Dieu, des nazis, des gastronomes qui font cuire vifs leurs victimes comme les homards, et tant d'autres victimes de la pulsion sadique-orale, celui des chercheurs sur animaux mais aussi sur hommes comme le fit le un second, celui qu'il nomme aussi le "nom du père". Celui-ci est l'agent de l'interdit de l'inceste, autant dire de l'interdit de la jouissance perverse des "canailles" comme il les appelle. Ces canailles se voient libres mais en fait sont inféodés à leur 1° surmoi. Intéressant de noter que Mme E. Roudinesco qui avec justesse reconnaît le pervers comme se croyant à tort bon est en même temps aficionada des horreurs de la corrida. En toute bonne conscience, non? La cohabitation chez le même individu du meilleur et du pire vient du fait que le refoulement ne fait pas son travail. En effet, la perversion polymorphe appartient normalement au passé et est refoulée, éradiquée, enterrée par le passage au stade civilisé après la castration des pulsions par le 2° surmoi, le nom du on sait qu'il n'en est rien. Que ce qui est refoulé, disons oublié de la petite enfance, cette malfaisante perversion quand elle est de retour plus tard, est en realité à peine masquée. "un vernis de civilisation prêt à craquer".Freud in malaise ds la civilisation. L'histoire est ponctuée de passage au stade barbare. Plus on nie l'inconscient et plus le refoulé fait faute, comme une dette impayée, rend malade, même héritée, même ignorée du sujet. C'est ce que démontre l'analyse de l'Homme aux Rats cf. Les 5 psychanalyses de Freud.Comment paierons-nous notre dette envers les bêtes? En mourrons-nous? C'est tout le bien que les animaux devraient nous souhaiter. Sur ce, je vous invite à lire à voix mi-haute ce sublime texte de Victor surtout pour ses derniers mots...Mais bien représentatif des mille subterfuges que l'homme crée pour fuir le conflit psychique que la conscience de sa culpabilité lui les passants Et l'on crevait les yeux à quiconque passait » par les animalistes défenseurs des autres animaux et vous verrez que les ennemis des bêtes savent bien ce qu'ils font en les marginalisant, les ridiculisant éloigner lœil suppliant et angoissé des bêtes assassinées pour eux. éloigner le remord pour mieux en de Caïn prouve sa capacité à être civilisé. mais je ne suis pas aussi optimiste pour ceux qui ne ressentent rien, après leurs méfaits. La société ne doit plus être complice. et c'est pourtant ce qu'elle est en banalisant le mal fait aux plus démunis, faibles devant la puissance destructrice des pulsions humaines, j'ai nommé, les surmoi du nom du père et donc de la civilisation dit je SUIS l'oeil de Caïn pour les monstres de la banalité de notre quotidien. POUR QUE LA BANALITE DEVOILE SON CÔTÉ INADMISSIBLE ET DONC JUSTES SAVAIENT ÇA SPONTANÉMENT. IL FAUT ETRE LES JUSTES DE LA PERSECUTION admise comme "NORMALE" DES ANIMAUX ou d'hommes, parfois assimilés aux animaux pour faire taire son 2°surmoi, c'est-à-dire sa conscience qui fait en permanence un bras de fer avec le 1° surmoi tyrannique, et pousse-au-jouir meurtrier. Alors, quand vous aurez envers quelqu'un qui vous reproche quelque chose de grave le désir de le voir disparaitre,sachez que c'est de vous qu'il s'agit, enfin, de cette part civilisée qu'on nomme nom-du-père, celui qui s'oppose au pire, l'oeil du bien qui poursuit à jamais Caïn. N'est-ce pas le fruit interdit de cet arbre de la connaissance du bien et du mal qu'avaient mangé ses parents Adam et Eve? Savoir distinguer le bien du mal, savoir s'interdire le mal, c'est sortir du paradis où l'on ne fait pas le mal car il n'occasionne pas de jouissance; C'est entrer dans le cycle infernal de la transgression jouissive alternant avec la culpabilité qui entraine un "encore" du jouir pour oublier l'oeil de sa culpabilité. A partir delà, l'homme se soumet à la pulsion de mort. Remord puis jouissance pour oublier le remordtombe de Caïn etc. Tout drogué connaît ça, y compris le bouilimique, le tabagique etc. Victor HUGO 1802-1885 Recueil La légende des siècles La conscience Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes, Echevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhovah, Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva Au bas d’une montagne en une grande plaine ; Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine Lui dirent Couchons-nous sur la terre, et dormons. » Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts. Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres, Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres, Et qui le regardait dans l’ombre fixement. Je suis trop près », dit-il avec un tremblement. Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse, Et se remit à fuir sinistre dans l’espace. Il marcha trente jours, il marcha trente nuits. Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits, Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve, Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève Des mers dans le pays qui fut depuis Assur. Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr. Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. » Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes L’oeil à la même place au fond de l’horizon. Alors il tressaillit en proie au noir frisson. Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche, Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche. Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont Sous des tentes de poil dans le désert profond Etends de ce côté la toile de la tente. » Et l’on développa la muraille flottante ; Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond, La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ; Et Caïn répondit je vois cet oeil encore ! » Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs Soufflant dans des clairons et frappant des tambours, Cria je saurai bien construire une barrière. » Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière. Et Caïn dit Cet oeil me regarde toujours! » Hénoch dit Il faut faire une enceinte de tours Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle. Bâtissons une ville avec sa citadelle, Bâtissons une ville, et nous la fermerons. » Alors Tubalcaïn, père des forgerons, Construisit une ville énorme et surhumaine. Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine, Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ; Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ; Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles. Le granit remplaça la tente aux murs de toiles, On lia chaque bloc avec des noeuds de fer, Et la ville semblait une ville d’enfer ; L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ; Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ; Sur la porte on grava Défense à Dieu d’entrer. » Quand ils eurent fini de clore et de murer, On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ; Et lui restait lugubre et hagard. Ô mon père ! L’oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla. Et Caïn répondit » Non, il est toujours là. » Alors il dit je veux habiter sous la terre Comme dans son sépulcre un homme solitaire ; Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. » On fit donc une fosse, et Caïn dit C’est bien ! » Puis il descendit seul sous cette voûte sombre. Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain, L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn. Victor Hugo Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face » ? Chiche ! Je citais dans mon précédent billet cette formule bien connue de La Rochefoucauld pour signaler combien Hugo, justement, outrepassait l’interdit posé par le moraliste avec Les Contemplations, où il prend la mort pour interlocuteur, et une morte sa fille Léopoldine pour destinataire de de ce foisonnant recueil. Il me semble donc opportun de consacrer au moins un billet, dans le survol critique engagé au sujet de ce livre, à mieux comprendre ce que c’est que le deuil, ses formes, ses issues, ce que je ferai à la lumière noire de ma propre expérience puisqu’aussi bien Hugo nous a prévenus, dans sa préface, que cette histoire d’une âme » et de ses passions ici mises en mots était aussi la nôtre. On dit dans le langage de la corrida que le torero fixe le taureau, en l’obligeant à passer par les détours des mouvements de sa cape, en l’enrôlant à sa fragile et scintillante silhouette. Au livre IV des Contemplations, Hugo fixe la mort de son enfant, en quelques poèmes qui nous touchent à l’intime si nous avons nous-mêmes perdu un être cher, et qui témoignent pour chaque lecteur des vertus salvatrices, cathartiques de l’écriture devant la mort, écrire propose un remède, une équivoque consolation. Mais il faut, dans le cas de Hugo, considérer que le deuil extrême de la mort de Léopoldine s’encadre entre deux autres, la perte de sa mère évoqué page 210 et que la mort de sa fille ravive À vingt ans , deuil et solitude ! », et la souffrance de l’exil, autre perte… Un être cher est un être qui participe de ma propre chair, qui plonge en moi ses racines ou prolonge les miennes en lui ; une personne tellement enchevêtrée à mon corps et à mon esprit que sa mort signifie un arrachement de moi-même. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », écrit Lamartine en un vers célèbre L’Isolement » dans ses Méditations poétiques de 1820 ; il suffit de lire ce poème assez mièvre pour saisir, par contraste, la force inouïe du verbe hugolien, très supérieur en énergies re-créatrices et en puissances visionnaires. Alphonse de Lamartine Soyons juste pourtant la formule de Lamartine a le mérite de pointer ce phénomène, bien analysé par Freud dans son classique ouvrage Deuil et mélancolie 1914, selon lequel la mort de l’être cher entraîne d’une façon plus générale la mort du ou d’un monde, soudainement déprécié. Vidé. C’est tout mon environnement familier qui semble d’un coup désinvesti ; comme si, explique Freud, vivre consistait à placer notre force vitale, et quasi érotique, dans des objets élus dont la subite privation fait refluer sur le sujet cette perte. Identifié au mort ou à la morte, l’endeuillé vit sa disparition comme celle d’une partie de son être propre, il s’éprouve amputé, lui-même frappé à mort, entraîné dans la tombe où il rêve de rejoindre l’objet aimé dont il s’affirme inséparable. Et ce vécu imaginaire de l’amputation peut se poursuivre par l’illusion du membre fantôme bien connue en clinique, lorsque le manchot ou l’unijambiste se plaint de fourmillements ou de douleurs aux extrémités du membre pourtant manquant. En soulignant dans sa préface que tout son livre est l’histoire d’une âme, Hugo nous prépare bien je crois à ces péripéties imaginaires, aux trafics d’une identité instable, aux perceptions hallucinées d’un corps qui n’a pas exactement les contours physiques qu’on lui prête. La poésie traite avec l’âme, et des passions de l’âme, cette entité supérieure qui n’est pas superposable au corps ni à la vie individuelle puisque notre âme, nous l’avons dit supra, est à comprendre comme un élan, un principe de débordement et de mélange, de sympathies, de contacts ou d’imprévues communications. Par nos âmes nous échangeons, nous nous pénétrons intimement, nous co-existons ou co-vivons avec d’autres âmes, fort au-delà de nos chétives barrières corporelles. On peut donc lire dans Les Contemplations un traité du deuil, de son usage ou mode d’emploi, dont Hugo fixe par écrit les étapes, les péripéties et les insidieuses transformations. Combien de temps dura son deuil ? Personne ne peut le savoir puisque ce sentiment demeure chose mentale, impossible à prescrire autant qu’à mesurer. Deux observations à ce sujet même si les dates données au bas des poèmes sont souvent fantaisistes, et destinées à brouiller une chronologie trop simple, nous voyons qu’à Jersey où il débarque pour y séjourner trois années en 1852, neuf ans après l’accident donc, Hugo demeure hanté par la mort de Léopoldine, et par exemple par le regret tenaillant de ne plus pouvoir visiter la tombe de celle qui est restée en France » page 416. Léopoldine se noie dans la Seine avec son mari Charles Vacquerie le 4 septembre 1843 ; c’est le même père inconsolable pourtant qui, le 5 juillet 1845, est surpris en flagrant délit d’adultère avec Léonie Biard à Paris, trompant ainsi sa femme Adèle autant que sa maîtresse officielle Juliette Drouet. Sa vie n’était pas aussi dépeuplée que certains poèmes voudraient nous le faire croire ? Disons plutôt que le travail du deuil selon Freud et l’attachement éperdu à sa fille n’arrêtaient pas le bouillonnement d’une vie amoureuse intense, ou encore que ces passions ne couraient pas sur le même plan. On peut même imaginer que l’endeuillé multiplie ses amours pour combler un vide lancinant. Mais venons-en aux textes, qui sont sur certains points d’une précision clinique. La première réaction à la mort de l’être cher est la dénégation, ce n’est pas possible, je ne peux pas imaginer ce monde sans elle, sans lui. Voir page 214, le poème IV du livre IV Oh ! je fus comme fou dans le premier moment / … Je fixais mes regard sur cette chose horrible, / Et je n’y croyais pas, et je m’écriais Non ! ». Cette dénégation forcenée se renforce d’hallucinations Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, / Qu’elle ne pouvait pas m’avoir ainsi quitté, / Que je l’entendais rire dans la chambre à côté, / … Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé ! / Attendez ! elle vient ! laissez-moi, que j’écoute ! / Car elle est quelque part dans la maison sans doute ! ». Ce poème, daté à Jersey de neuf années après, dit la permanence poignante de la révolte des sens et du bon sens, la folie d’une conscience que les regards ne fixent plus, qui n’accommode plus sur une réalité devenue insoutenable. Ce magnifique poème qui laisse affleurer la démence se trouve corrigé, dans quelques délicieux poèmes suivants V, VI, VII, IX, par la résurrection, quasi hallucinatoire elle aussi, du bonheur que c’était d’être ensemble. Ici le moi se berce et se recroqueville dans le cocon douillet d’une enfance retrouvée et qui ne passe pas, ou sur laquelle le temps semble ne pas avoir de prise les jeux avec les enfants, le partage de leurs élans, de leur tendresse envahissent l’endeuillé et le déportent dans le temps d’avant ; Hugo montre dans ces pages son immense empathie envers l’enfance et un monde féminin où le père endossait le rôle de la mère, où la maison entité infracassable tenait toute entière dans la puissance de son regard et de sa voix voir l’amusant récit du chef de famille inventant pour sa progéniture des histoires chaque jour renouvelées, Toujours, ces quatre douces têtes / Riaient, comme à cet âge on rit, / De voir d’affreux géants très-bêtes / Vaincus par des nains pleins d’esprit », page 221. Le cercle du poète auquel on demande tellement plus la page 212 énumère ses missions pourrait parfaitement se circonscrire et se satisfaire pleinement de ce petit auditoire, J’eusse aimé mieux … / Suivre, heureux, un étroit chemin, / Et n’être qu’un homme qui passe / Tenant son enfant par la main » page 212. Dans ces pages illuminées par son jeune public, Hugo nous dit en passant à quel point son inspiration lui fut dictée au contact de l’enfance voir V, page 215, à quel point l’art est une enfance – il maintiendra cette affirmation de l’art d’être père jusqu’à L’Art d’être grand père 1877. Il faut comprendre, dans le cas de Hugo comme pour tout homme peut-être, que cette enfance n’est pas un âge dépassé mais un gisement toujours accessible, que cette fraîcheur n’est pas révolue mais indéfiniment sous-jacente, pour qui sait la capter. L’âme échappe à la chronologie autant qu’à l’individu encarté dans un état-civil, elle est contemporaine de toutes les étapes d’une vie. D’autres poèmes de la même section nous montrent les flux et reflux du deuil, le consentement du poète à l’appel de cette morte à laquelle il s’identifie, son aspiration invincible vers la tombe, Ô Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit / Afin que je m’en aille et que je disparaisse » Veni, vidi, vixi » page 225. Victor s’éprouve fini, sa vie est terminée. Ou bien, sous le vernis apparent d’activités entraînantes, voire trépidantes, le beau poème XI dit aussi l’amertume d’une âme intérieurement brisée On vit, on parle, on a le ciel et les nuages / Sur la tête … / Le regard d’une femme en passant vous agite / On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois » allusion à Léonie Biard rencontrée l’année précédente ? »… La répétition du pronom impersonnel, comme furent peut-être dans leur succession ces grands actes désormais machinaux, bute sur l’alexandrin final, définitif dans son absence de verbe, Puis, le vaste et profond silence de la mort ! » pages 222-223, butoir à rapprocher de ce vers lui aussi conclusif, Oh ! l’herbe épaisse où sont les morts ! » page 213. Ces chutes sont des couperets qui guillotinent littéralement la parole, l’espérance par elle d’un sursaut. Cette âme survit-elle à la mort physique ? Pouvons-nous soutenir que les morts nous entendent, et que nous avons donc envers eux un devoir de parole, de dialogue ? C’est un autre aspect de l’imaginaire du deuil à l’œuvre dans ces pages, Léopoldine attend son père, elle dépend de lui pour se réchauffer à sa présence, ou adoucir sa vie d’outre-tombe. En des passages qu’on peut juger délirants, mais tellement conformes à la psychologie de l’endeuillé, Hugo rejoint physiquement Léopoldine, il lui parle et se persuade qu’elle l’entend. Mieux, il compose une bonne part des Contemplations pour nourrir ce dialogue d’outre-tombe le spiritisme n’est pas loin, il doit à sa fille ce livre, son inspiration de poète retourne l’obstacle de la mort pour y puiser. Cette poétique de la mort est assez exceptionnelle pour être un peu creusée Certes, la mort de l’être cher nous retire le meilleur de nos raisons de vivre, mais la méditation assidue, forcenée, délirante parfois de ce vide, matérialisé par cette pierre à laquelle le survivant revient se heurter, débouche sur des pensées plus vastes, ou grandioses. Au lieu de tourner en rond, obnubilé par l’absence, la pensée du poète nie autrement la mort, ou la rachète, en découvrant dans la destruction le principe moteur de toute vie. Non seulement tout est plein d’âmes » alpha et oméga du credo hugolien, mais de toute mort renaît la vie ; dans le cas de Hugo la vie de ce poème, mais au plan de la nature un grouillement universel, qui sait tirer des haillons de la chair mise en terre de nouveaux sucs qui profiteront aux fleurs, aux papillons qui les butinent… Voyez le stupéfiant poème malheureusement hors programme des prépas qui ne le liront pas ! de la section VI Au bord de l’infini », significativement intitulé Pleurs dans la nuit », et particulièrement les trois strophes en haut de la page 320, Fais avec tous ces morts une joyeuse vie, / Fais-en le fier torrent qui gronde et qui dévie, / La mousse aux frais tapis ! », etc. Il faudrait citer plus longuement les scènes visionnaires et presque euphoriques de cette palingénésie universelle, où la roue qui écrase libère de nouvelles forces, où toute putréfaction prépare une éclosion. Comme le dit À Villequier » page 229, toute édification humaine glissera à l’abîme, toute organisation est vouée à la décrépitude, ou selon un imaginaire circulaire central chez Hugo, Que toute création est une grande roue / Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un »… Mais le même poème déchiffre dans cette mort une renaissance ailleurs, ou une création justement, et tout ce ruissellement à l’informe, ou à l’éternité, ouvre à Hugo un espace réversible où mort et vie, douleur et joie, profondeur et hauteur, nuit et lumière glissent l’un dans l’autre, et s’échangent. Le tombeau est un commencement, le sublime est en bas » déclaration capitale de la page 293. Un tombeau fut dès lors le but de tous mes pas » page 422. Epuisé par son deuil, le poète devine que de cet excès de mort sur lui peut naître une renaissance, ou une vision élargie de sa vie ainsi placée au bord de l’infini titre du livre VI. Cette méditation de l’infini décentre le poète, arraché à son frissonnant petit moi, désapproprié, défait, pour s’ouvrir à de plus grands espaces, à des visions grandioses qui décuplent son imagination. Il faut mourir à la condition ordinaire, lâcher sa perception et sa raison pour entrevoir ces mondes où Hugo pour finir nous entraîne. Au livre IV, le poème Mors » esquisse déjà cette grande loi de réversibilité qui préside à la nature, où la faucheuse change Un trône en échafaud et l’échafaud en trône », et où le cortège des destructions s’efface pour finir sur le visage de l’ange souriant porteur d’âmes pages 232-233. On ne sait pas ce que peut une âme ; on ne sonde pas les ressources de l’infini. La mort de sa fille a précipité Hugo au néant, à la méditation incessante, acharnée des zones d’ombre qui entourent chaque lumière, à l’intuition maintenue par lui envers et contre toutes les forces d’anéantissement et de désastre qu’il y avait quand même dans ce chaos un chemin, dans ce labyrinthe une chance à courir, à ne pas mourir. Les Contemplations, livre cathartique, nous enseigne à ne pas nous laisser terrasser, ligoter, mais du fond des plus dures épreuves à retrouver la force de vivre, et de sortir par le haut. à suivre Daniel Bougnoux Thèmes associés

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